Message du Guérisseur Lestrys
Bonjour à tous, je suis très heureux de vous retrouver. Je vous souhaite beaucoup de bonheur pour cette nouvelle année.
Dernièrement, je vous avais conté combien Eratsu et moi-même étions proches. C’était pourtant un alien un peu réservé qui souffrait de nombre de préjugés chez les miens. Sur son crâne poussaient des filaments très fins hérissés subtilement suivant ses humeurs. Cela pouvait donner une allure assez saisissante lorsque l’on était point habitué. Pour les scientifiques souffrant de préjugés, il était qualifié d’alien « imparfait ».
Eratsu avait subi nombre de moqueries, toujours relégué aux plus basses besognes. Lorsqu’il était jeune, il en avait beaucoup souffert. Il s’était habitué à cette forme d’oubli, voire de mépris de la part de ses collègues.
Il avait subi la douloureuse séparation d’avec ses parents. Ils avaient été bannis pour avoir osé dissimuler sa vraie nature en tondant leur fils lorsqu’il était enfant.
Bien sûr, tout ceci était le châtiment ultime. Eratsu en avait grandement souffert, car il était l’un des rares parmi les miens à avoir vécu auprès de ses parents comme cela se fait d’ordinaire en votre monde.
Maintenant, bien des choses avaient changé, nous étions Célia et moi-même occupés à converser dans notre jolie demeure au cœur de votre monde. Là vivaient des êtres mélangés, de race et de cultures diverses, qui échangeaient avec une très grande harmonie.
Ce jour là était différent, il régnait dans l’air une sorte de vibration subtile. Nous avons fermé les yeux, une fois de plus, serrés l’un près de l’autre. L’écho viendrait-il ?
Il fut graduel et jaillit avec une belle intensité. Un astéroïde apparut, avec une surface cannelle, des précipices et des cratères en grand nombre, puis une plaine régulière, où brillait une belle cité. Des tours se dessinèrent avec des stations d’appontement pour des croiseurs moyen courrier. Elles se dressaient fièrement, tous leurs ponts déployés. Des vaisseaux plus petits entraient dans de vastes hangars pour y être inspectés.
Ce lieu était loin, si loin de nous, sans doute dans une autre galaxie. Les parents d’Eratsu avaient presque totalement perdu espoir de revoir un jour leur fils. Des nouvelles ténues leur étaient parvenues. Sa mère Lahirel était une brillante télépathe. Son père se nommait Enkorni. Ils travaillaient tous deux en un centre minier. Leur activité principale était de remettre en état des croiseurs, d’anticiper les pannes, et aussi, de veiller au chargement du fret. L’astéroïde ne possédait que peu de cultures, il était dépendant des importations.
Par la fenêtre des appartements, en une vue fascinante, on apercevait un gigantesque navire dans un hangar de maintenance. Il flottait un peu de brume. J’entrevis sa mère, assise dans la pénombre. C’était une grande alien au teint clair et aux yeux intelligents nuancés de bleu très pâle tirant légèrement sur le vert. Surprise de ce lien télépathique qu’elle n’attendait plus, elle ferma les yeux pour mieux se concentrer.
Une pièce apparut alors, comme cela est fréquent pour les lieux de l’esprit. Elle était constituée de mobilier chaleureux et de fauteuils douillets.
- Bonjour, fit Lahirel en une voix très plaisante. Qui êtes vous donc ? Pourquoi me contactez-vous ?
- Bonjour, répondit Célia. Nous sommes un peu émus, car cela fait longtemps que nous cherchons à converser. Nous sommes des amis de votre fils Eratsu, un brillant chercheur en biologie. Je suis Célia et voici Lestrys, mon bien aimé.
La scène devint aussitôt très lumineuse tressautant un court instant. Le joli salon se transforma. Nous nous sommes retrouvés en une véranda garnie de plantes vertes, avec des sièges clairs très beaux.
- Cela se peut-il ? demanda notre interlocutrice.
- Oui, tout à fait, répondis-je. Votre fils Eratsu est comme mon frère, il est très cher à mon cœur. Il est très attristé par votre séparation, aussi nous voulons l’aider. Cela est crucial que vous puissiez vous retrouver.
- Mais comment ? Les échos télépathiques que nous avons captés indiquaient Almostirel. Nous nous trouvons dans la galaxie d’Andralone sur l’astéroïde Eschaïm près de l’étoile Vazarrax. Cela est très loin de votre galaxie et d’Almostirel. (le Soleil)
- Gardez espoir, émit Célia. Cette information est précieuse. Nous avons le moyen de venir jusqu’à vous aisément.
- Depuis la libération et la chute de l’empire Denakh, nous étions optimistes, mais vous venez d’ensoleiller pleinement mon existence ! exulta Lahirel. Mon époux Enkorni est un télépathe moins persévérant, mais j’ai toujours tenté de recréer notre lien lorsque nous avons été séparés. Chaque soir, avant de m’endormir, j’avais une pensée pour mon cher Eratsu. Je pressentais que même à l’autre bout de l’univers connu, il pourrait m’entendre…
La visions vacilla, se troublant un court instant. Lahirel réapparut assise sur un siège de couleur crème dans une pièce garnie de livres et de portraits aux murs. Ses yeux brillaient de larmes.
- Merci, nous dit-elle en un souffle.
Ensuite, la scène disparut. Nous nous sommes retrouvés en un couloir tourbillonnant, puis nous sommes éveillés. Il s’était écoulé plusieurs heures. Il existe toujours ces altérations de temps, lorsque nous communiquons par télépathie à de très grandes distances. Nous étions épuisés, mais ravis. Nous avions pu obtenir des informations essentielles à un nouveau voyage très particulier. Il promettait d’être mémorable. Je n’avais jamais croisé si loin, et Célia non plus.
Surexcités, nous avons compilé des dizaines de cartes de l’univers connu. L’astéroïde n’était pas répertorié, mais Vazarrax était une étoile d’une petite galaxie située à environ 78 millions d’années lumière, en direction de la constellation du Sagittaire. Pour un croiseur Denakh, c’était un bien long voyage d’environ deux ans. Pour un croiseur de lumière, il serait bien plus rapide mais tout aussi fabuleux !
Le soir venu, nous avons annoncé la bonne nouvelle à Eratsu. Par l’esprit, il perçut notre brillante conversation télépathique avec sa mère. Ne sachant que dire, il s’épongea les yeux.
- Comment vous remercier ? fit-il. C’est un très beau cadeau de pouvoir contempler de nouveau son visage. Je suis tellement heureux de songer qu’ils aillent bien. J’ai craint le pire pour ma famille.
- Un petit saut dans l’espace, ce n’est rien pour les êtres de lumière, assura le sage Darsimen avec un bon sourire. Maintenant que le régime des castes a été aboli, tous les bannissements n’ont plus lieu d’être. Vous avez souffert trop longtemps de la séparation.
- C’est bien vrai, assura Issaltir, qui était venu nous rendre visite avec Mellkit. Nombre de mes collègues ont pu retrouver des parents éloignés. Panresu a même pu revoir son ancien mentor, le généticien Xarallax. Il paraît qu’il possède un caractère disons, plutôt vif et déterminé. Même un alien aussi obstiné que lui, a versé des larmes de joie.
Chacun se réjouit pour Eratsu ce soir là. Il fut félicité, car c’était aussi grâce à l’amour de mon ami pour sa famille que nous avions trouvé la force de projeter notre fluide aussi loin dans l’espace.
Au cours de mon sommeil, cette nuit là, mon esprit se dilata étrangement. Il s’échappa, rejoignant une fois de plus celui de Lahirel. Elle m’apparut, radieuse, si souriante, toute entourée d’une lumière blanc bleuté.
- Racontez-moi ! lança-t-elle avec une joyeuse intensité. Je veux tout savoir sur mon fils ! Comment donc l’avez-vous connu ?
Alors, je lui fis cadeau de nos premiers échanges avec Eratsu. Ces instants avaient été pour moi très précieux.
C’était il y a bien longtemps, mais la scène jaillit avec toute son intensité. Je travaillais sur une base située sur le petit satellite rocheux d’une planète géante à l’atmosphère rosée. Elle se trouvait près de l’étoile que vous nommez Fomalhaut dans la constellation des Poissons.
Cette base comprenait tout le confort. À cette époque, j’avais été promu en tant que chercheur en vie première. Mon rôle était d’inventorier des formes de vie présentes dans la glace de ce monde. Elles étaient très importantes pour les nôtres. À ma propre stupeur, j’avais découvert des formes de vie de l’uranium, qui résistaient très bien aux radiations cosmiques, et qui pouvaient ainsi voyager à de très grandes distances.
De bon matin, j’arpentais les coursives quasiment désertes de l’immense base. Mon supérieur était un premier singulièrement grincheux, qui se nommait Herkox. L’âge qui avançait et ses mains déformées n’aidaient point son caractère à s’améliorer. J’étais malgré tout impressionné de ses immenses connaissances. Il m’avait fait mander pour lui apporter un compte rendu détaillé sur certaines formes de paramécies très bien adaptées au rayonnement de ce monde glacé, parcouru de particules hautement ionisées.
J’entrais timidement dans la salle « du lever », là où les plus brillants généticiens se regroupaient pour échanger et prendre leur premier repas. La plupart d’entre eux ne dormaient presque plus. En raison de leur âge, la vie de leur esprit était devenue très intense. Aussi, ils étaient heureux de discourir.
D’un seul coup, les généticiens me fixèrent tous ensemble d’un regard sévère, interrompant leurs échanges télépathiques. Je n’étais qu’un subalterne et ma présence était des plus incongrues.
Je m’approchais d’Herkox, occupé à siroter un breuvage, et débitais des politesses, comme cela était d’usage alors.
- Ô noble maître, heureux soit ce nouveau jour pour vous. Voici là le compte-rendu que vous avez demandé.
- Merci à toi chercheur Lestrys, émit Herkox en prenant le cylindre de données. C’est parfait, dit-il en m’accordant un de ses rares sourires. Prends donc un peu de ces beignets, ils sont excellents.
Abasourdi, je m’exécutais en le remerciant, il venait de me faire beaucoup d’honneur et je peinais à y croire. Ensuite, je quittais la salle, les généticiens attendant que je sorte pour reprendre leurs discussions scientifiques.
Je revins par des couloirs de métal grisâtres sinistres à souhait. J’avais mangé un beignet, il m’en restait deux. J’avais idée de les offrir à quelques petits clones de ménage filiformes, mais ils étaient des plus farouches. Aussi, je ne pus en apercevoir aucun.
Au détour d’une coursive, j’entendis un pas sonnant. Un adulte venait en ma direction. Je me retournais et aperçus un alien serviteur. Il avait débarrassé la table des généticiens ombrageux. Il entra aux cuisines avec un petit chariot, son visage était bien triste alors. Il arborait d’étranges filaments blancs qui couraient sur son crâne. Ses yeux noirs brillaient intensément malgré tout. Il me plut aussitôt.
- Honoré de vous voir, dis-je à l’alien qui en parut stupéfait. Vos plats sont excellents. Voici quelques beignets qui vous reviennent pour votre travail méritant, ainsi qu’aux jeunes qui se trouvent en cuisine. Cela mettra peut-être un peu de joie en leur journée.
Stupéfait, le grand alien prit les beignets intacts sans y croire, lui qui devait se contenter de reliefs. Il s’inclina en me remerciant.
Je tournais à une coursive et perçus des petits cris joyeux. Visiblement les petits clones étaient ravis. Eux aussi, ils allaient pouvoir manger un peu plus à leur faim.
Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes :
- qu’il ne soit pas coupé
- qu’il n’y ait aucune modification de contenu
- que vous fassiez référence à notre blog : unepetitelumierepourchacun.com
– Au service de la Nouvelle Terre –

