Message du Professeur Zolmirel

Me revoici devant vous, je suis bien heureux de vous retrouver.

Notre séjour chez les aliens de nuit avait pris fin. Notre mission avait été un succès, nulle perte n’était à déplorer, à part des dégâts matériels aisément réparables. Nos voisins et amis, les aliens de nuit étaient si heureux de pouvoir retrouver un abri confortable le temps des réparations, qu’ils se proposèrent de nous aider à leur tour.

La reconstruction d’une partie de la cité était déjà bien engagée. Aussi, les émissaires acceptèrent cette entente. Les enfants en furent les premiers à se réjouir, car bien sûr, leur meilleure amie était une petite alien de nuit.

Je me levais ce matin là, heureux de retrouver notre logis accueillant. Amoni et Zilmis étaient déjà installés sur la terrasse, contemplant le jardin épanoui, empli d’herbes sauvages. Nous avons pris le thé bien à l’abri, regardant une pluie fine arroser le potager. Minel, peu après, fit son apparition, accompagnée d’Erazel. Un jour de repos nous avait été alloué, pour nous remettre de nos péripéties.

C’était de ces moments simples où nous étions réunis, et où l’on se sent si bien. L’après-midi venue, Erazel nous prêta main forte, afin de continuer à réaménager le séjour peu accueillant de notre logis. Chose amusante, il se prolongeait par une chambre d’enfants bleue. Elle était singulièrement encombrée de jouets.

  • Voici qui fera plaisir à nombre de jeunes enfants, fit Erazel en empilant les jouets dans de caisses en quelques ondes antigravité habiles.
  • Votre aide nous épargne bien des heures de travail, assurais-je en contemplant la montagne de caisses dans l’entrée.
  • Rien que de très ordinaire pour les nôtres, fit Erazel en consolidant deux poutres tordues au niveau du plafond. Pensiez-vous donc que j’allais vous laisser accomplir la partie la plus amusante ?

Chacun éclata de rire. Limmel et Kalahar étaient occupés à vider une penderie, elle aussi emplie d’habits d’enfants protégés par des sacs. Cela fit une poussière importante et je fus heureux de filer au grenier avec Erazel.

Amoni revenait avec un aspirateur, et je me doutais que tout serait impeccable en peu de temps.

Erazel inspecta toutes les poutres du grenier, heureuse de voir que rien n’avait bougé depuis son dernier passage. Elle ouvrit une lucarne et m’invita à passer en premier. Heureusement, il y avait peu de vent. Le toit de la maison était vaste et pourvu d’une sorte de « chemin », afin de l’inspecter. J’émis plusieurs ondes antigravité pour me stabiliser et commençais à avancer de manière de plus en plus aisée. Je tenais un seau avec une spatule, afin de démousser une partie du toit au niveau des rigoles d’écoulement. Sur l’autre pan de la toiture, des petits lézards volants étaient occupés à engloutir le reste de la mousse avec un appétit certain. Ils nous fixèrent de leurs yeux bleus ou jaunes intenses, puis continuèrent leur repas. Ils savaient que leur venue était très appréciée.

Erazel et moi même avons retiré pas mal de débris au niveau des rigoles. Elle fit agir son fluide pour redresser plusieurs antennes, et les refixer. C’était un travail satisfaisant, assez grisant, je dois dire. Un peu plus alerte, je fixais le jardin en contrebas, où des plantes fleuries embaumaient. Une brise agréable me fit éprouver une belle euphorie. Les ardoises qui composaient la toiture avaient été posées avec une extrême minutie. Nous étions assez légers pour pouvoir déambuler sur le toit sans rien abîmer. Je revins à l’intérieur et passais des ardoises neuves à Erazel, alors qu’elle m’envoyait celles qui étaient trop poreuses. Amoni serait très heureux de les réutiliser au jardin. Très concentrée, Erazel examina les rangées de tuiles et d’ardoises, une à une. Puis, elle passa sur l’autre pan de la toiture, bien plus vertigineux, coiffé d’une petite tour élégante. Seule l’antigravité lui permettait un tel déplacement. Avec un art consommé, Erazel soulevait légèrement la couverture, pour extraire les éléments trop fragiles. Par télépathie, nous pouvions communier, et je lui envoyais les nouvelles ardoises avec une synchronisation parfaite. C’était un travail très prenant, qui exigeait beaucoup de concentration.

Une fois notre tâche achevée, Erazel m’invita à la rejoindre. Nous nous sommes installés sur le faîtage et elle me proposa tout naturellement une petite collation.

  • Il n’y a que vous pour m’inviter ainsi à une séance de dégustation à une telle hauteur ! dis-je en riant.
  • Il est un temps pour travailler et un autre pour festoyer. Je vous félicite, ami, me dit-elle. Sans vous, il m’aurait été difficile d’œuvrer à une telle hauteur. Cela aurait nécessité de poser pas mal d’équipements.
  • Les échafaudages sont incompatibles avec la présence d’enfants trop curieux. Zilner est plus raisonnable, mais Nerti aurait tôt fait de l’escalader. Sa maîtrise de l’antigravité progresse. Même s’il n’est pas encore en mesure de soutenir son propre poids.
  • Je suis toute à fait ravie de cela, assura Erazel. La plupart des jeunes possèdent maintenant une belle maîtrise de l’antigravité. À croire que la radiance de plus en plus élevée sur notre monde a le pouvoir de générer de tels prodiges.
  • Zilner a lui maintenant la possibilité de faire des projections de plus en plus fructueuses. Il peut vérifier certaines routes spatiales proches. Son esprit va de plus en plus loin. Quant à Xalol, il ne parle plus que de son premier voyage spatial. A tel point que ses parents l’ont retiré du grand institut. Il est un peu triste de ne plus voir ses cousins. Il va au centre d’études le plus proche avec son grand frère, qui est consacré à l’algèbre, la construction de véhicules agricoles et à l’étude des sols. Il s’intéresse beaucoup aux plantes d’ici, mais il parle surtout d’exobiologie. Ses parents n’en sont pas très ravis. Pour eux, l’agriculture est presque une religion dans leur famille.
  • Il est vain de courber l’esprit d’un enfant en une direction, ou en une autre. Un adulte ne devrait jamais songer à influencer les passions qui habitent un enfant. Cela est à lui, cela est sa propre destinée. Même si je suis certaine que Xalol prendra certainement plaisir à cultiver des plantes. Quand il deviendra plus grand, plus affirmé, il choisira sa propre voie.

Nous avons pris beaucoup de plaisir à deviser de la sorte. Une belle euphorie continua de m’habiter.

J’avais réussi à vaincre un certain vertige. Je regagnais le grenier avec soulagement, Erazel faisant léviter les ardoises poreuses vers le jardin, où elles se posèrent impeccablement, avec la mousse.

Une petite troupe de lézards se posa aussitôt pour manger à sa guise.

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Texte partagé par Les Chroniques d'Arcturius
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