Message du Professeur Zolmirel (suite)
Fascinés, les enfants prirent une rampe réservée aux passagers. Une intense lueur jaune focalisait leur regard. Nerti n’avait d’yeux que pour le réacteur géant visible devant eux. Ses multiples ailettes flambant neuves brillaient doucement. Le sage Zablinsk les laissa à loisir admirer ce chef d’œuvre.
Puis, ils entrèrent, franchissant plusieurs sas blindés, avec des rails au niveau du sol. Une coursive blanche et très propre se dessina. D’abord étroite, elle devint de plus en plus spacieuse. Ils grimpèrent plusieurs étages, et débouchèrent sur un couloir violet avec au centre un tapis rose pâle. Cela procurait une impression douillette. Des androïdes un peu surpris avisèrent leur groupe. Ils étaient occupés à nettoyer le sol et les tapis. Ils les fixèrent en échangeant quelques bips, puis reprirent leur ouvrage.
- Ce sont les chambres des passagers, exposa Zablinsk, face à des suites au sol étincelant, décorées chacune de couleurs variées, avec des cadres superbes au mur. Elles ont été terminées hier. Les robots n’ont pas fini de nettoyer.
- C’est tellement beau ! lança Nerti. On se croirait dans un palais ! Ces chambres sont peut-être pour les prélats ?
- Nullement, mon enfant. Elles sont pour tous les passagers. Il n’est fait nulle distinction de classe ou de caste à bord de ce vaisseau. Les Denakhs ont été d’accord sur ce point. Les cabines se distinguent uniquement par leur taille, en fonction du nombre de voyageurs, et des activités qu’ils pratiquent, c’est tout. Voici une cabine pour un chercheur en biologie, dit-il en montrant un très grand bureau, destiné à recevoir de nombreux microscopes et tout un équipement d’échantillonnage.
- Il existe déjà tout le mobilier, c’est formidable ! lança une fillette.
- Oui, il en est fait ainsi pour faciliter l’embarquement des chercheurs. La plupart d’entre eux travaillent avec le même matériel depuis des années. Ça leur permet de l’apporter à bord. Ils sont très sensibles à pareille attention. Les astronomes peuvent aussi apporter leurs instruments, les botanistes ont accès à des serres pour y mettre un certain nombre de plantes.
- Ils trouveront le temps moins long, reprend le petit Zilner.
- Oui, c’est vrai, tout est fait ici pour que chacun se sente le mieux possible. Le voyage pourra durer des mois.
Les enfants continuent leur visite du navire endormi. Cela sent une odeur de boiseries fraîches, de peinture et d’enduit agréable. Ils passent dans un couloir étonnant, constitué d’un grand nombre de miroirs.
- Cela est pour les aliens affectés de décharges d’énergie trop élevées. Lorsqu’ils sont émus face à une beauté céleste, explique Zablinsk en riant. Les miroirs empêchent que les décharges atteignent les équipements trop sensibles. Des suites spéciales leur sont allouées.
Tous les enfants éclatent de rire. Certains événements étaient imprévisibles et il fallait penser à tout dans l’espace.
- J’espère qu’ensuite, il peuvent se marier, demande un enfant.
- Oui, tu as raison. Nos amis, les Denakhs sont devenus plus compréhensifs. Même s’ils réprouvent les émotions, ils sont sensibles à l’attachement que peuvent éprouver deux aliens. Les Denakhs peuvent en effet s’unir à leur moitié après une certaine période, si leur entente est heureuse et si elle est bénéfique énergétiquement. Le voltage qu’échangent les deux époux leur permet de demeurer en excellente santé. D’ailleurs, les vaisseaux sont souvent l’occasion de fêtes très réussies.
Les enfants empruntent une zone fort différente cette fois. Une série de coursives grisâtres est visible à perte de vue. Le sage Zablinsk les éclaire de sa lampe. Le métal nu fait un peu froid dans le dos. On voit les différentes poutrelles du navire, que des ouvriers habiles ont impeccablement rénovées par endroits. Les enfants admirent les soudures parfaites.
Tout au bout du couloir, apparaît une zone blanche faiblement éclairée. C’est la salle de collusion des réacteurs. Des experts sont installés derrière des pupitres, dans une salle vitrée couverte de consoles. Juste devant eux, se tient la cuve principale du vaisseau. Nerti sent son cœur se serrer. L’un des panneaux révèle l’état de la pâte thermale, d’un bleu nuit presque noir. Très impressionnés, les enfants restent à bonne distance pour ne point troubler les experts, occupés à discuter entre eux.
- Les prescients et les navigateurs ne parviennent pas à ressentir la réaction. La pâte thermale est trop faible, explique le sage Zablinsk à voix basse. Les Denakhs ont fait de nombreuses projections infructueuses.
- Il suffit de trouver un donneur compatible, expose le petit Zilner. Il pourra offrir un peu de plasma.
- Cela a déjà été tenté, plusieurs parmi les plus grands des nôtres ont tenté d’offrir leur substance, expose une voix.
Les enfants se retournent et dévisagent avec plaisir un alien de grande taille aux yeux noirs intenses.
- Soyez tous les bienvenus, dit-il d’une voix affable. Je me nomme Norastris, je m’occupe de la réaction. Vous pouvez entrer dans la grande salle, mes collègues seront honorés de votre présence.
Le sage Zablinsk le remercie, de même que les enfants qui s’inclinent avec respect. Sans en croire leurs yeux, ils découvrent la grande salle parfaitement ronde, entourée de vitrages. Zilner essuie une larme de joie. Il leur est fait un très grand honneur. Ils se trouvent dans la salle de phasage de réacteurs d’un vaisseau de plus de 8 millions d’années !
Les ingénieurs ont remplacé la plupart des organes de sondage, les sondoscopes, les échosondeurs et les ordinateurs de calcul de poussée antiques. En revanche, ils ont préservé les parements en cuivre oxydé vernis et le sol en dallage un peu abîmé par endroits.
- Les pensées de nos illustres ancêtres se trouvent abritées en tout ce décor originel explique Norastris. Nos plus vénérables ingénieurs ont tenté de restaurer l’étincelle originelle dans la pâte thermale, mais cela ne fonctionne pas.
Les enfants un peu émus s’approchent de la fenêtre millénaire qui permet de voir l’intérieur de la cuve. Ils posent leurs petites mains dessus, d’un air émerveillé. Les ingénieurs les contemplent d’un œil attristé. Ils se sentent complètement impuissants par la panne de ce navire.
- Si cela n’est pas résolu, il faudra changer la pâte thermale, explique le sage Zablinsk à voix très basse. Les Denakhs s’y opposent, cela revient à une sorte de sacrilège.
- Ils n’ont peut-être pas demandé à la bonne personne, explique Zilner.
- Que veux-tu dire ? s’étonne le sage.
- Il faudrait demander à quelqu’un qui aime vraiment ce vaisseau, qui le connaît parfaitement, dit-il en se tournant vers une autre salle, cette fois celle qui permet de contrôler la méthanerie.
Le sage Zablinsk suit son regard et avise un petit clone très jeune. Il s’agit en vérité du même enfant que celui qui a vécu à l’intérieur de l’immense vaisseau.
- Il n’est point autorisé que ce soit un enfant qui offre son fluide vital, hésite le sage.
- Et pourquoi donc ? s’étonne une fillette.
- Cela pourrait être déstabilisant pour un être si jeune, et de toutes manières, le fluide d’un enfant est trop puissant, trop virevoltant par rapport à celui d’un adulte, tâche d’exposer Zablinsk.
- Ce n’est pas parce que cela n’a jamais été tenté que ça ne pourrait pas marcher. Il faudrait peut-être lui demander ce qu’il en pense, assure Nerti en souriant. Il sera peut-être heureux de le faire.
- Les édits séculaires des Denakhs qui parlent de la pâte thermale ne vont pas vraiment en ce sens soupire Zablinsk. C’est un clone, certains ne vont guère être ravis de cette suggestion. Mais je te remercie de m’avoir fait part de ta pensée, mon enfant. Je vais essayer de leur exposer cette idée.
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