Le premier cliché d’un compagnon mystérieux
Depuis au moins un siècle, un rocher spatial de la taille d’un autobus scolaire accompagne discrètement la Terre. Tournant autour du Soleil au même rythme que notre planète, cet astre ne s’approche jamais trop près et ne s’éloigne jamais tout à fait. Si les astronomes connaissaient son existence, l’avaient répertorié et débattaient de ses origines depuis des années, personne ne l’avait encore observé de près jusqu’à récemment.
Ce mystère a pris fin le 2 juillet 2026. Ce jour-là, la sonde spatiale chinoise Tianwen-2 a transmis la toute première photographie rapprochée de Kamoʻoalewa. L’image révèle un corps rocheux de forme oblongue qui bascule lentement dans le vide spatial. Pris à une distance de 20 kilomètres (environ 12 miles), ce cliché a été rendu public le 6 juillet par l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA), modifiant immédiatement les théories établies sur cet objet.
Kamoʻoalewa, dont le nom se prononce kah-MOH-oh-ah-LEH-wah, appartient à la catégorie des quasi-satellites. Il ne s’agit pas d’un véritable satellite de la Terre, mais d’un type rare d’astéroïde qui gravite autour du Soleil en restant synchronisé avec l’orbite terrestre. Lors de ses passages, sa distance varie entre 9 et 25 millions de miles de notre planète. Son nom d’origine hawaïenne signifie d’ailleurs « objet céleste oscillant », un clin d’œil à ce ballet orbital unique suivi par les scientifiques depuis une décennie.
Portrait d’un astéroïde miniature et ultrarapide
Découvert en 2016 grâce au télescope de surveillance Pan-STARRS 1 situé sur le volcan Haleakalā à Hawaï, Kamoʻoalewa a d’abord fait l’objet d’estimations indirectes. Les scientifiques calculaient son diamètre en mesurant l’intensité de la lumière solaire qu’il réfléchissait. Ces premières analyses au sol suggéraient une taille comprise entre 40 et 100 mètres de large. Cependant, le cliché envoyé par la sonde chinoise a bousculé ces prévisions.
Les données de la CNSA suggèrent désormais un diamètre d’à peine plus de 20 mètres. Cette mesure coïncide avec les conclusions d’une étude préliminaire publiée le 1er juillet par Benjamin Sharkey et ses collègues du Laboratoire lunaire et planétaire de l’Université de l’Arizona, qui tablaient sur un diamètre d’environ 18 mètres grâce aux observations du télescope spatial James Webb de la NASA. Si ces chiffres se confirment, Kamoʻoalewa figurera parmi les plus petits astéroïdes jamais approchés par un engin humain.
Outre sa petite taille, ce rocher se distingue par une rotation extrêmement rapide. Il effectue un tour complet sur lui-même en seulement 28 minutes. Cette vitesse de rotation engendre des contraintes techniques majeures pour toute tentative d’atterrissage ou de prélèvement d’échantillons sur sa surface. C’est précisément pour relever ce défi que les ingénieurs ont conçu la sonde Tianwen-2.
L’odyssée de la sonde chinoise Tianwen-2
Pour parvenir à ce résultat, Tianwen-2 a réalisé un périple d’environ un milliard de kilomètres sur une durée de 400 jours. La sonde a décollé le 29 mai 2025 depuis le centre de lancement de satellites de Xichang, dans le sud-ouest de la Chine. Pour l’occasion, une fusée Longue Marche 3B a été utilisée, marquant la première fois que ce lanceur injectait directement une charge utile sur une trajectoire d’échappement terrestre.
L’approche finale de la cible s’est faite de manière progressive et méthodique. Le 7 juin, l’engin se situait encore à 30 000 kilomètres de l’astéroïde, avant de réduire cette distance à 2 000 kilomètres le 19 juin. Le satellite s’est ensuite stabilisé en vol stationnaire à 20 kilomètres de la surface rocheuse pour prendre son premier cliché le 2 juillet, précédant l’annonce officielle de son arrivée par la CNSA quelques jours plus tard.
Pour mener à bien sa mission scientifique, Tianwen-2 embarque une suite de 11 instruments de mesure, comprenant des caméras, des équipements de télémétrie laser, des spectromètres, un radar de sondage et des analyseurs de particules. Selon les informations rapportées par le magazine Scientific American, la sonde passera près d’une année entière à étudier l’astéroïde sous toutes ses coutures avant de tenter une opération de collecte d’échantillons à sa surface.
L’énigme des origines : un fragment de notre Lune ?
La question la plus débattue au sein de la communauté scientifique concerne la provenance de Kamoʻoalewa. En 2021, une équipe menée par Benjamin Sharkey de l’Université de l’Arizona a utilisé le Grand Télescope Binoculaire situé en Arizona pour analyser le spectre lumineux réfléchi par l’astre. Les conclusions, publiées dans la revue Communications Earth & Environment, ont montré une signature spectrale très rouge, caractéristique de l’altération spatiale de silicates similaires à ceux trouvés sur la Lune, et présentant de fortes ressemblances avec les échantillons lunaires rapportés par la mission Apollo 14.
Cette hypothèse a inspiré d’autres modélisations. En 2024, une étude publiée dans Nature Astronomy a suggéré que l’astéroïde proviendrait d’un impact survenu il y a 1 à 10 millions d’années. Cet impact, provoqué par un projectile d’environ un mile de large, aurait formé le cratère Giordano Bruno, large de 13,7 miles, situé sur la face cachée de la Lune. Cependant, les nouvelles dimensions révélées par la sonde chinoise viennent fragiliser ce scénario.
Un diamètre réduit à 20 mètres implique en effet une réflectivité, ou albédo, beaucoup plus élevée que prévu pour maintenir la luminosité observée depuis la Terre. Or, les roches lunaires ne réfléchissent pas autant la lumière. Les mesures d’albédo issues du télescope James Webb s’avèrent trop élevées pour correspondre aux plaines ou aux hauts plateaux lunaires, ce qui affaiblit l’hypothèse de débris d’impact de 2021.
Une autre piste, publiée en 2025 dans le journal The Innovation, a comparé le spectre de l’astéroïde avec les données récoltées sur place par le rover chinois Yutu-1 et l’atterrisseur Chang’E-5. Les auteurs y constatent une correspondance étroite avec les sols du cratère Tycho, affirmant que seuls des fragments éjectés de cette zone auraient l’énergie nécessaire pour s’échapper du système Terre-Lune. À l’inverse, les partisans d’une origine classique rappellent que les modèles statistiques favorisent une dérive depuis la ceinture principale d’astéroïdes plutôt qu’une éjection lunaire.
Un plan de haute technologie pour capturer la roche
La phase de prélèvement d’échantillons s’annonce comme l’une des manœuvres robotiques les plus délicates de l’histoire spatiale. Face à un corps céleste très petit, tournant rapidement sur lui-même et doté de propriétés de surface inconnues, la sonde tentera de collecter entre 20 et 100 milligrammes de matière. Pour cela, Tianwen-2 dispose de trois techniques distinctes : le prélèvement en vol stationnaire sans contact physique, la méthode du toucher-partir (touch-and-go) et l’ancrage direct.
La méthode du toucher-partir a déjà fait ses preuves lors des missions OSIRIS-REx de la NASA sur l’astéroïde Bennu et Hayabusa2 de l’agence spatiale japonaise sur Ryugu. Elle consiste à toucher brièvement le sol à l’aide d’une tête de collecte propulsée par un jet de gaz. L’ancrage, plus complexe, nécessite de s’agripper physiquement à la surface pour accéder aux couches internes. La sonde s’approchera progressivement à 1,9 mile, puis 600 mètres, et enfin 300 mètres pour cartographier les meilleurs sites d’atterrissage.
La rotation de l’astéroïde en 28 minutes complique particulièrement l’option de l’ancrage, car les pinces de fixation doivent s’adapter au mouvement perpétuel du sol. Le choix de la technique finale dépendra de la cohésion et de la texture du terrain révélées par les images à haute résolution. Le départ de la sonde est prévu pour avril 2027, avec le largage d’une capsule de retour sur Terre en novembre 2027. Tianwen-2 poursuivra ensuite sa route vers la comète 311P/PANSTARRS qu’elle devrait atteindre en janvier 2035 grâce à une assistance gravitationnelle.
Ce que les analyses de laboratoire pourraient révéler
L’analyse directe en laboratoire permettra d’identifier la composition minérale exacte et l’empreinte isotopique de Kamoʻoalewa. Les isotopes agissent comme une véritable signature géographique de l’histoire du système solaire. Si les analyses révèlent une correspondance avec les roches rapportées par les missions Apollo, l’hypothèse de l’origine lunaire sera confirmée. Dans le cas contraire, la théorie s’effondrera au profit d’un astéroïde classique altéré par le vent solaire.
Mikael Granvik, astronome à l’Université d’Helsinki et à l’Université de technologie de Luleå, a indiqué que le premier cliché de Tianwen-2 « confirme fondamentalement » l’albédo géométrique élevé suggéré par l’étude de l’Université de l’Arizona, une caractéristique incompatible avec une origine lunaire. Si l’origine se révèle être la ceinture d’astéroïdes, cela prouvera que l’érosion spatiale intense peut modifier l’aspect d’un astéroïde standard jusqu’à lui donner l’apparence d’une roche lunaire.
Sur le plan de la sécurité terrestre, Kamoʻoalewa ne présente aucun danger de collision. Bien qu’il ne soit pas lié gravitationnellement à la Terre et qu’il puisse dériver à très long terme, il demeure le plus stable des sept quasi-satellites connus de notre planète. Le retour des échantillons prévu pour novembre 2027 apportera des réponses définitives directement issues de la matière physique, et non plus de l’analyse de la lumière réfléchie à des millions de kilomètres.
Selon la source : livescience.com
Créé par des humains, assisté par IA.
Créé par des humains, assisté par IA.
– Au service de la Nouvelle Terre –

