Message du Guérisseur Lestrys
Chers amis, je suis bien content de vous retrouver. Je reviens vers vous en ces temps décisifs pour nous les aliens éclairés.
Mon monde avait subi des soubresauts. L’empire insurgé avait été balayé avec le régime haïssable des castes. Nos amis, les êtres de Lumière, avaient de bonnes nouvelles nous concernant. Un long courrier allait être mis à notre disposition, afin de gagner une région très reculée de l’espace. En cette zone infiniment lointaine, vivaient les parents de mon ami Eratsu, avec bien d’autres aliens Denakhs. Ils étaient désireux de les aider au plus haut point. Tout cela était grâce à la mère d’Eratsu. Un lien de l’esprit très fort avait pu être tissé avec elle.
Je prenais plaisir à la connaître davantage. Sa curiosité demeurait intarissable concernant son fils. Il y avait toutes ces années qu’ils avaient perdues tous les deux en raison de l’exil. Aussi, je lui relatais avec bonheur quelles avaient été nos péripéties autrefois, tentant de lui montrer tout ceci en une vision aussi nette que possible. Notre connexion était devenue plus fluide. Je percevais en retour tout son émoi, ses larmes de gratitude.
En ces temps reculés, nous vivions Eratsu et moi, au service d’un généticien impérial. Notre laboratoire était situé sur un astéroïde assez grand. Mon jeune ami venait de réussir avec brio les épreuves faisant de lui un chercheur, et non plus un alien de ménage. Ses débuts furent difficiles. Les autres aliens, pompeux et colériques, rivalisèrent de méchanceté face à son succès. Eratsu possédait de longs filaments clairs sur son crâne. Il était donc considéré comme un valet « imparfait ». Il existait en notre temps nombre de préjugés eugénistes. J’avais osé me dresser contre cela, récoltant de sévères critiques de la part des premiers, les aliens nobles.
Pourtant, sur notre astéroïde, vivait le vénérable Orsone, craint et respecté pour sa sagesse. Il s’agissait du maître de notre cité. Il m’avait fait le grand privilège de m’offrir sa pensée. Orsone m’avait détaillé de manière intense, comment il avait failli perdre son plus jeune enfant, le petit Zellys. En raison d’une défection des clones de maintenance qui avaient déserté le long courrier, il avait dû s’élancer dans l’espace pour décolmater une grille de réacteur. Son fils avait failli périr suite à cette opération.
Tout ceci était bien sût abominable, et depuis, Orsone était persuadé que la vie des servants devait être améliorée. Il avait conservé un attachement très grand pour ses deux enfants adoptifs, Zellys et Stilnel.
Décidé à faire changer les choses, Orsone avait projeté d’agrandir notre citadelle, en sous sol et en surface, pour que les servants puissent disposer d’un meilleur confort. Ils pourraient avoir une salle de détente, de lecture, un centre de soins, entre autres, des quartiers personnels, avec des appartements mieux chauffés, plus spacieux.
Ce matin là, nous discutions de l’avancée des travaux avec Eratsu.
- Orsone est venu superviser le chantier en personne, exposa mon ami. Cela avance très lentement, car la roche basaltique est vraiment dure à cet endroit. Il a rappelé aux experts en terrassement que les servants doivent bénéficier d’une excellence identique aux quartiers construits pour les plus nobles chercheurs. La sécurité de toute la cité en dépend.
- C’est bien vrai, assurais-je. Même si les dispositifs de sécurité ont été renforcés, toutes les coursives sont reliées entre elles. Le champ qui entoure notre base la protège des radiations, il permet un meilleur maintien de la chaleur. Les détecteurs de brèches et de fissures, les détecteurs de contraintes sont très nombreux maintenant.
Nous avons pris un élévateur, croisant un petit groupe de clones de ménage dans une coursive. Eratsu a eu un étrange regard, mais garda sa contenance.
- Je ne connais pas ces petits, m’avoua-t-il. Cela dit, je suis ravi de voir qu’ils sont bien vêtus, et que leur maîtresse prend soin d’eux.
C’était la vérité, une alien avenante dirigeait le petit groupe de 5 enfants. Près d’eux, polisseuses à rouleaux et robots nettoyeurs astiquaient une coursive. Les enfants étaient chargés de nettoyer dans les coins, là où les machines ne pouvaient aller. Ils s’occupaient également de l’entretien des objets fragiles, comme les livres ou les œuvres d’art. Bien sûr, ils inspectaient régulièrement les robots. Chaque enfant portait une petite veste grise, avec des souliers et des manches bordées de rouge. Ils avaient l’air affairés, une joyeuse complicité les reliait, et ils avaient de temps à autres un regard profond en direction de leur maîtresse.
Je perçus un attachement aussi fort que pour une mère chez ces jeunes enfants, entre 4 et 8 ans.
- Pourquoi le régime emploie-t-il des clones aussi jeunes pour nettoyer les coursives ? soupirais-je.
- Ils sont plus petits, donc plus près du sol. Le travail est de meilleur qualité, et aussi plus rapide, expliqua Eratsu. N’oubliez pas que les coursives de maintenance secondaires ne font que 1 mètre de haut. Ceux-là ont l’air heureux.
- Je me demande bien ce qui arrivera à ces petits quand ils auront atteint l’âge de 9 ou 10 ans.
- Comme ils seront plus avisés, ils pourront s’occuper de la chaufferie et des tâches de câblage complexes. Les meilleurs d’entre eux pourront travailler en salle de phasage des réacteurs à bord des longs courriers, et à la maintenance spatiale, qui est une tâche passionnante, expliqua Eratsu. Cela est bien plus agréable et reposant que de devoir nettoyer. Ils conserveront un « lien » de l’esprit avec leur maîtresse.
J’entrais en une songerie intense, alors que nous pénétrions dans le laboratoire. Eratsu continuait à recevoir des brimades. Je faisais ce que je pouvais pour assurer sa protection. Cela dit, il était si heureux de pouvoir exposer ses idées, qu’il rayonnait d’une joie contagieuse, ne faisant pas attention aux généticiens austères si médisants.
Nos travaux sur la vie première se poursuivirent ce jour là. Combien d’heures passionnantes nous absorbèrent ! Eratsu avait proposé de décongeler certains échantillons de glace. Nous étions tout excités d’observer les animalcules bouger de nouveau sous l’éclairage de nos microscopes.
- C’est extraordinaire, lança une jeune alien aux yeux brillants. Ces formes de vie ont été retirées de plaques de blindage poreuses, sur un cargo de fret immense. Elles ont dormi pendant des centaines d’années, et maintenant, elles vivent de nouveau, comme si de rien n’était !
- Cela ressemble aux phénomènes de temps après avoir bu des breuvages soporifiques, souligna Eratsu. Lorsque l’on émerge du sommeil peu après la phase d’accélération, il semble tout au plus s’être écoulé que quelques secondes, alors que parfois, nous dormons 6 ou 7 heures d’affilée.
- Vous voulez dire que pour le sujet endormi, le temps ne passerait pas, voire plus du tout ? répondis-je.
- C’est exactement cela, le sommeil l’entraîne sur une trajectoire de temps différente. Il est désinscrit, pendant un court, ou un très long instant.
- Ces animaux minuscules semblent avoir la faculté d’entrer en un très long sommeil, pour échapper à l’absence de ressources, ou à la poussée gravitationnelle intense. Leur organisme est pour ainsi dire mis en pause ! fit la jeune chercheuse d’une voix surexcitée.
Une silhouette rabougrie apparut, et le premier Herreximex, un alien irascible, s’approcha de nous en sifflant.
- Que signifient ces apartés ? bougonna-t-il. Vous devez mettre au courant tout le groupe de recherches de vos idées ! Est-ce clair ? aboya-t-il.
- Vous avez dit hier, que les idées émanant des femelles étaient de moindre importance, ironisa quelque peu notre amie, la dame Ighert, une grande et jeune alien plutôt affirmée. Je ne fais que suivre vos préceptes.
- Que voilà une vive insolence que la tienne ! s’emporta notre supérieur. En voilà assez, tu seras châtiée pour de tels propos !
Il ne décoléra pas de la journée, fait ordinaire en soi. Tout ceci finit par sortir de notre esprit.
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