Le Diable gravit l’escalier d’argent qui s’enroulait dans le ciel,
les bottes usées par la suie et le regard flamboyant.
Il portait tous les noms qu’on lui avait jetés comme des pierres au fil des ans,
et les arborait comme un manteau déchiré, cousu de peurs humaines.

Il ne trouva ni trône d’or flamboyant, ni tyran au manteau de flammes,
ni juge au sceptre levé prêt à le condamner à la honte.
Juste un silence immense comme une pensée encore vierge, immobile comme un souffle contenu,
une présence profonde comme les mers oniriques qui berçaient la vie et la mort.

« Me voici donc, dit le Diable, le méchant de votre plan,
l’ombre qui plane sur l’âme, la faille de l’homme déchu.
Ils maudissent mon nom pour honorer le vôtre, ils me tiennent pour responsable de leur chute,
ils bâtissent vos temples avec peur et mon nom est inscrit sur chaque mur. »

Le silence s’agitait comme une douce brise dans les blés au soleil,
une chaleur sans reproche, sans combat à mener.
« Mon enfant, » lui répondit l’immensité, « quel conte ont-ils inventé ?
Diviser l’amour tout entier en deux et le qualifier de civilisé ? »

Le Diable sentit son sourire acéré se fragiliser,
comme si les cornes sur son front n’étaient que des accessoires d’un rêve.
« Vous voulez dire, demanda-t-il, qu’il n’y a pas eu de guerre, pas d’exil déchiré ?
Pas de royaume arraché par une juste colère à un cœur brisé ? »

« Il n’y eut jamais de trône à défendre, ni de rebelle à jeter en bas ;
aucun éclair lancé dans une sainte rage, aucun renversement cosmique.
Ils avaient besoin de la nuit pour définir leur jour, d’un ennemi pour façonner leur credo,
alors ils ont sculpté la division en moi pour répondre au besoin humain. »

Le Diable laissa tomber sa poix ardente, qui s’éteignit sur le sol,
car le feu ne peut se consumer ni faire rage éternellement.
« Si je ne suis pas ton ennemi, alors que serai-je,
si tout ce temps les ténèbres qu’ils craignaient faisaient encore partie de toi ? »

« Tu es la profondeur qu’ils n’ont pas voulu affronter, la soif d’être connus,
l’écho de blessures oubliées qu’ils n’ont jamais reconnues comme les leurs.
Tu es le tranchant d’une volonté indomptée, la chaleur sous le désir,
l’étincelle qui met à l’épreuve leurs vérités fragiles et embrase leurs cœurs. »

La voix du Diable devint faible et étrange, sans armure,
tandis que des siècles d’accusations vacillaient dans ses yeux.
« Alors, tous les reproches, la peur, la honte, le pacte et le mensonge,
sont nés d’esprits qui ont fendu le ciel et appris à l’âme à mourir ? »

« La confession n’est pas la tienne seule », dit la présence infinie,
« car j’ai permis au récit de la guerre de s’épanouir dans leur esprit.
Je les ai laissés croire que l’amour divise, que la lumière doit vaincre la nuit,
afin qu’un jour ils s’éveillent et voient la folie de ce combat. »

Le Diable pleura, et tandis qu’il pleurait, sa suie commença à se dissiper,
révélant non pas un visage monstrueux, mais quelque chose de lumineux et de pur.
Les cornes se fondirent comme le givre hivernal sous un soleil levant,
et l’ombre se recourba en lumière, se souvenant qu’elle n’en était qu’une.

« Alors, que suis-je ? » murmura-t-il, n’ayant plus rien à prouver.
« Tu es ma profondeur, dit Dieu, le pouls qui insuffle l’amour au mouvement.
Sans ton poids, aucune âme ne choisirait, aucune liberté ne serait réelle,
car l’amour qui ne s’aventure jamais dans l’obscurité est un amour incapable de ressentir. »

L’escalier d’argent se déroula en poussière, le ciel déchira sa couture,
car le ciel n’était pas loin, mais replié sur lui-même dans le rêve.
Et Dieu confessa d’une voix douce qu’aucune Écriture ne saurait contenir :
« Il n’y a jamais eu de diable ici, seulement l’amour égaré. »

L’Ange déchu

L’image ci-dessus est une peinture d’Alexandre Cabanel, réalisée en 1847 alors qu’il avait environ 24 ans. Elle représente Lucifer juste après avoir été chassé du Ciel, gisant sur un sol rocailleux, partagé entre la rage, la honte et le chagrin (avec une larme visible), tandis que d’autres anges volent dans le ciel au-dessus.

Source:https://tinyurl.com/dzx7jsr8

Traduit et partagé par les Chroniques d'Arcturius

 

⚠️ ATTENTION : Votre discernement est requis par rapport à ces textes.
♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥
– JE SOUTIENS LA LUMIÈRE –
JE FAIS UN DON
pour soutenir ce site.

CLIQUEZ ICI POUR CONTRIBUER
Merci
Texte partagé par Les Chroniques d'Arcturius
– Au service de la Nouvelle Terre –