Message du Professeur Zolmirel (suite)

Ils sortent de l’édifice, puis en avisent un autre, de forme rectangulaire, et aux angles arrondis. Il est de teinte gris violet.

C’est le matin sur la planète Thamnoth. Une Gzoki au visage avenant tient dans ses bras un petit clone minuscule. L’enfant est très faible, il ne peut toujours pas marcher, mais elle le soigne avec dévotion.

Sur ce monde, mâles et femelles vivent séparés. Les femelles habitent dans la grande nurserie, et prennent soin des plus jeunes.

Nerti et Zilner pénètrent avec émerveillement dans ce lieu de douceur. Des Gzokis femelles tiennent dans leurs bras de tout petits êtres et leur murmurent des berceuses, ainsi que des encouragements, en les aidant à faire leurs premiers pas.

Les petits Gzokis les plus âgés marchent d’un bon pas. Les plus vaillants restent dans la cité, tandis que les plus frêles sont envoyés à la surface de la planète, pour travailler au niveau des concentrateurs de lumière. Ils doivent fabriquer, assembler et entretenir de gigantesques miroirs paraboliques.

Le petit Zilner s’approche de la mère alien et de son petit. Il apprend qu’elle se nomme Ellida, et son enfant, le petit Illisk. Un peu inquiète, elle discute à voix basse avec deux autres mères, dont les petits sont encore plus frêles.

  • Nous devons agir, dit-elle, ou le vil généticien Emellis nous prendra nos enfants. Il les réserve toujours aux pires expériences !
  • Cela est prévu pour ce soir, répond une autre mère. Nous n’aurons qu’une seule chance de partir. Les aliens qui envoient les vivres vers la surface pourront nous faire passer.
  • J’espère que je pourrai me rendre utile là haut, expose Ellida. Si je reste ici, et même nous toutes, nous serons arrêtées pour insoumission. Les généticiens trouveront prétexte pour nous envoyer au laboratoire.
  • Cela n’est pas ainsi qu’ils trouveront le moyen de restaurer notre capacité à procréer, soupire une autre mère plus jeune.

La journée se déroule en divers préparatifs. Ellida réunit les maigres effets qu’elle possède et les objets favoris du petit Illisk, avec de nombreuses couvertures.

  • Cela me rend bien triste de te causer autant de souci, expose le petit clone malingre avec une lucidité impressionnante.
  • Il ne faut pas, mon chéri. Tu seras toujours parfait tel que tu es. À mes yeux, tu es l’enfant le plus merveilleux qui soit.
  • As-tu eu d’autres enfants à veiller avant moi ? demande Illisk.
  • Oui, j’ai eu deux petits. L’un d’entre eux était une petite clone, dit-elle avec affection. Ils ont tous deux été jugés trop frêles et envoyés vers le concentrateur de lumière. C’est pourquoi, je suis heureuse de partir. J’espère très fort les revoir.

Et l’heure de la nuit arrive. Illisk fait mine d’aller dormir avec son petit, tout comme les autres mères. La surveillance se relâche. On n’entend plus aucun bruit dans le grand dortoir.

Sans un bruit, les trois mères se lèvent, et rejoignent la zone de soin du linge. Là, des aliens furtifs les attendent, ils les invitent par gestes à prendre place dans de grands paniers de linge, qui suivent un boyau ascendant étroit. On lit dans leurs yeux un grand courage mêlé de peur. Ils inscrivent des marques discrètes sur les trois paniers de linge.

Ellida serre le petit Illisk près d’elle, tapie sous des piles de draps. Les paniers de linge suivent l’élévateur, et jaillissent à toute allure du boyau. Ils se dirigent vers une blanchisserie automatisée.

Là, le linge est précipité dans de grandes cuves très chaudes emplies de lessive. Mais avant que cela n’advienne, des contrôleurs agissent sur les trois paniers. Ils interrompent leur course et les mères sortent avec célérité. D’autres aliens complices prennent leurs mains en les dirigeant vers des navires de fret. Aucune parole n’est murmurée, tous se comprennent aisément. Il s’agit d’une opération préparée longuement à l’avance.

Le bruit des vérins de lourdes portes masque le silence.

  • Cela n’est pas la première fois que vous faites sortir des femelles et des enfants, pas vrai ? demande Ellida à l’alien qui dirige le convoi.
  • Oui, je suis révolté par ce système injuste régi par des généticiens cupides, enivrés de pouvoir et d’honneurs. Il existe une cité de femelles et de clones libres, mais je ne suis pas censé en parler. Nous sommes contre cet esclavage. Les libérateurs ont gagné du terrain. Mes amis viendront vous récupérer à la surface. Maintenant, soyons discrets, le navire doit être sondé, pas un bruit et pas un mouvement.

Et chacun fait silence, les mères tentant de demeurer confiantes, malgré l’attente. Le pilote descend du convoi. Autour des fugitifs, des caisses de fruits et de légumes soigneusement emballées, attendent d’être envoyées vers la surface, avec des céréales, d’autres denrées alimentaires, et également des stocks de graines.

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Texte partagé par Les Chroniques d'Arcturius
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