Message du Professeur Zolmirel (suite)
À ma plus grande joie, Amoni était éveillé. Il nous sourit à tous d’un air allègre.
- Pour une fois, c’est le guérisseur qui a besoin de soins, s’amusa-t-il.
Chacun de nous éclata de rire. Amoni avait avec lui sa mallette verte et rouge, celle des soins d’urgence. Nous tentions de faire bonne figure pour lui insuffler tout notre courage.
J’aperçus par la vitre le spectacle impressionnant d’un bel astéroïde tout paré de givre. Une plaine régulière s’étendait, avec en périphérie, un bel ensemble de tourelles. La lumière venait d’une petite planète immaculée, qui brillait intensément.
Comme cela se fait d’ordinaire, les villes-champignons rentrent dans le sol pour protéger les habitants en cas de turbulences ou de marées stellaires, par exemple. L’ensemble des corolles et des parapets audacieux s’élevait à environ 200 mètres de haut. L’une des tours était fracturée, elle se dressait de travers, menaçant de se rompre.
De mes yeux perçants, j’aperçus des équipes de soudage et de terrassement, qui avaient déployé un ensemble de poutrelles géantes sous l’édifice. D’un courage immense, ils progressaient d’heure en heure, afin de soulager les fondations de la tourelle, évitant ainsi une effroyable rupture des champs protecteurs. Des êtres de lumière opéraient eux aussi, garantissant la sécurité de tous.
Notre vaisseau décéléra, un couloir de transfert lui fut alloué, et il se posa en douceur sur un vaste quai régulier. Ensuite, le quai géant descendit avec fluidité dans un puits, dont le sommet se referma. La base construite sur l’astéroïde était en grande partie souterraine, car les aliens de nuit aimaient la pénombre.
Au bout d’un court instant, nous sommes sortis du navire avec nos effets. Erazel s’avança vers une délégation d’aliens de nuit assez bouleversée.
- Voici le navire que vous attendiez tous, leur dit-elle. Vous pourrez y loger confortablement 800 rescapés. Cela sera leur maison, le temps qu’ils se remettent.
- Merci de tout cœur pour votre action généreuse, émit un alien au teint bleu ciel. Nous nous souviendrons longtemps de votre geste.
L’alien réprima un sanglot et ne put achever, Erazel le comprit très bien. La délégation se tourna aussitôt vers un groupe de rescapés qui attendaient. Malgré la peine et la douleur, les familles entrèrent en ordre dans le navire. Ceux qui avaient des blessés, les poussaient sur des sièges ou dans des lits flottants. Ils furent amenés vers la zone inférieure du navire. Ceux qui étaient indemnes purent entrer dans les étages, pour se réchauffer et se remettre. Les aliens de nuit étaient assez fluets et graciles. Ils arboraient de magnifiques yeux brillants d’un beau bleu ciel. Nous étions émus de les voir soulagés.
Nous avons posé nos effets dans une salle annexe et sommes revenus aider. Il s’agissait de prendre les souliers, les habits des familles, dont la plupart étaient boueux ou tachés par des plaies. Nous leur en distribuions des neufs. Les autres seraient nettoyés et leur seraient rendus ensuite. C’était un travail méticuleux, pour étiqueter, trouver la couleur et la taille qui conviendrait à chacun. D’autres équipes entraient à bord du vaisseau pour distribuer des repas chauds, ou soigner les blessés.
Nous n’avons pas ménagé notre temps et nos efforts. D’autres mondes amis avaient envoyé deux autres navires. De cette manière, tous les rescapés purent être logés de manière confortable.
Notre travail se poursuivit, chacun de nous chargeant des lots d’habits dans des caisses, sur des petites plate formes à répulsion. Le sang des aliens de nuit était par chance laiteux et bleu ciel, de telle sorte qu’il nous fut possible d’effectuer ce travail difficile. J’essayais d’imaginer que les habits avaient été tachés par de l’aquarelle pour éviter de trop penser. Malgré notre douleur en songeant aux blessés, nous n’avons pas faibli.
Erazel nous invita à la suivre vers la blanchisserie. Là, nous avons confié les habits à des experts en détachage.
- Les habits entrent de ce côté, nous expliqua-t-elle en montrant d’étranges cylindres. Ils sont étendus sur ce champ à répulsion et les experts les répartissent par couleurs. Ensuite, des robots les prennent pour les détacher à la vapeur. Les habits sont ensuite repassés ici, dit-elle en montrant un groupe de robots singulièrement minces avec de grands yeux. Ces androïdes sont très serviables, ils viennent de la planète Mundalone, où il existe de grands complexes de tisserands.
J’avisais une autre équipe d’experts, installés à de grandes tables. Il s’agissait d’humanoïdes, habiles à repriser les habits de manière presque invisible.
Nous n’étions pas dupes, Erazel tentait d’occuper nos pensées. Chacun de nous lui posa la question la plus importante.
- Très bien, fit-elle en nous menant vers le réfectoire. Nous sommes tous épuisés. Vous pouvez vous réjouir. Il ne manque plus que deux aliens. Il existe une centaine de blessés graves, qui pourront être soignés entièrement. Une enfant a pu être sauvée voici quelques minutes, ce n’était pas un beau spectacle. Amoni est avec les experts en déblaiement. Ils progressent dans le puits. Ils perçoivent la pensée des derniers rescapés, mais il existe beaucoup de rochers à retirer de manière méthodique, pour ne pas affecter les victimes.
- J’espère qu’ils y parviendront, exposais-je.
- Vous devez imaginer un formidable équilibre de pierres de 50 mètres de haut… Ils agissent lentement, pour ne pas déstabiliser l’ensemble.
Bien plus tard, Amoni nous rejoignit. Il tenait à peine debout, et je perçus à son fluide qu’il avait longuement aidé les experts en gravité, à la limite de ses forces.
- Ça y est, dit-il avec un sourire. Les deux derniers rescapés ont pu être extraits. Chose incroyable, ils n’avaient que des plaies légères.
Chacun de nous l’embrassa et le félicita. Nous ressentions une joie merveilleuse. On pouvait dire que les aliens de nuit faisaient dans la solidité. Malgré les dégâts importants, il y avait très peu de victimes. Un peu plus tard, Zilmis nous rejoignit. Il tremblait de fatigue, lui aussi.
- L’équipe de nuit va prendre le relais, nous dit-il. C’est mieux, mais tout n’est pas encore parfaitement sécurisé. Il reste beaucoup de zones environnementales qui doivent être renforcées. Et la chaufferie est en panne à différents niveaux.
- Vous avez fait de votre mieux, nous dit Erazel. Reposez-vous à présent. Cela est indispensable, pour offrir à nos amis le meilleur. Nous y verrons plus clair demain.
J’entrais dans ma chambre, et m’endormis aussitôt. Zilmis avait déjà sombré. Malgré l’environnement nouveau, chacun dormit d’une traite jusqu’au matin.
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