Message du Professeur Zolmirel (suite)

Notre vaisseau était paré. J’activais le décollage et il plana avec aisance au dessus de la jungle brumeuse en cette heure. Je me concentrais en tenant les commandes. Je repérais un vol d’échassiers et changeais de cap.

  • Vous avez beaucoup amélioré votre technique, me félicita Amoni.
  • Les derniers dispositifs de sustentation magnétique ont été installés avec brio, exposais-je en riant. Ce navire est merveilleusement stable, maintenant.

Je lâchais les commandes un court instant, et le vaisseau frémit à peine, glissant comme sur des rails. Zilmis s’extasia.

  • Voici là du très bon travail, assura-t-il. En cas de vent, le navire sera bien plus maniable.

Notre vol se révéla très agréable. Le vaisseau prit rapidement de l’altitude, la canopée épanouie luisante de vert à 800 mètres environ sous nos pieds.

J’accélérais la poussée du navire. Comme les parents d’Amoni vivaient de l’autre côté de notre monde, pratiquement, le vol durerait quelques heures. En copilote expert, Zilmis m’énuméra les zones à éviter, dont la redoutable zone interdite.

Celle-ci était un lieu de turbulence de notre monde, où les stabilisateurs magnétiques ne fonctionnaient plus. Le survol en était impossible.

Amoni me relaya aux commandes, après une heure de vol.

Cela me permit d’admirer le « rebord du monde », comme nous le nommons. Il s’agit d’une contrée sableuse, où la forêt prend fin et où s’étend la redoutable zone aride. Cette zone est irradiée presque en permanence par la lueur du jour. Nos deux étoiles baignent le centre d’une chaleur effroyable pour les nôtres.

Les peuples du désert qui vivent là sont majoritairement des lézards, les Hellnir, lesquels nous avaient agréablement accueillis à notre dernière visite.

Je contemplais par le vitrage de petits groupes de plantes des milieux arides, des buissons, des cactus. Il existait une espèce, le buisson des sables. Ces buissons bien courageux étaient parfaitement adaptés à ce lieu. Leurs feuilles incurvées en entonnoir leur permettaient de capter la moindre goutte de rosée, et de la rediriger vers le tronc, qui était creux à son sommet. D’autres formes de vie biominérales possédaient des tiges nombreuses, avec de vastes éventails aux extrémités, qui se déployaient le soir, et se repliaient le matin.

La vie en ce milieu est comparable un peu à celle qui existe au fond de vos océans. Amoni me montra un petit groupe d’animaux, qui ressemblaient à des langoustes géantes, de plus de deux mètres de long. Ces animaux broutaient une herbe rase, ils étaient inoffensifs malgré leur taille.

Nous avons contourné la vaste zone du terminateur, puis, sommes remontés vers le Nord, là où se trouvait la zone du désert glacé, toute aussi fascinante.

Minel poussa un murmure fasciné, en découvrant une vaste falaise de glace, qui formait une véritable muraille à perte de vue. Le ciel gris acier avait quelque chose d’impressionnant. Il existait peu de villages. La plupart des habitations étaient souterraines à cette latitude, avec des serres chauffées, pour que les villageois ne manquent de rien.

Nous avons franchi la zone des pôles, puis sommes redescendus vers le Sud. Là un autre spectacle se révéla, celui d’une vallée herbeuse balayée de vents vifs. Un piton scintillant frappa notre regard.

  • C’est le grand convertisseur delta de la province des Pôles ! lança un Amoni radieux, cela signifie que nous sommes dans la bonne direction !

En effet, nous avons survolé un immense site industriel, avec des hangars, et des files de vaisseaux, qui venaient apporter des matériaux usagés. D’autres vaisseaux en repartaient, emportant avec eux des treillis en cuivre, des plaques métalliques, des barres de titanium, ou plus simplement, des containers chargés d’engrais, des planches. Il existait des files de convoyeurs géants, des convois de marchandises interminables s’étiraient au loin.

Les hangars étaient décorés de couleurs vertes agréables qui se déclinaient en de nombreuses palettes d’émeraude. Pour ne pas troubler les nuées d’oiseaux migrateurs, des déflecteurs à intensité légère avaient été installés tout autour de la superbe colonne brillante du convertisseur. Celui-ci culminait à 1000 mètres de haut. Les déflecteurs protégeaient les lézards volants et les oiseaux, les repoussant avec douceur, pour leur éviter de heurter l’édifice.

Une autre tour, bien plus à l’écart, abritait des nichoirs, et juste en-dessous, des bâches étaient disposées, afin de recueillir le guano. De nombreux oiseaux et lézards pouvaient se reposer, ou même recevoir des soins. Mon monde était basé sur la compréhension et l’harmonie avec toutes les espèces vivantes.

Nous sommes passés à bonne distance d’une falaise abritant des colonies d’oiseaux marins. La mer polaire faisait jaillir des flots d’écume ininterrompus et apportait des quantités d’algues impressionnantes. Sur la plage, de nombreux oiseaux venaient s’en régaler, ainsi que des animaux marins comme des amphibiens, des crabes et toutes sortes d’espèces de tortues. Il existait aussi des animaux comme des poissons, mais avec des pattes qui leur permettaient de marcher sur le rivage ou des membranes pour planer au dessus des vagues.

L’animal qui en est le plus proche pour vous par le coloris serait le poisson volant.

Amoni ralentit l’allure du vaisseau et des petits lézards volants s’amusèrent à nous poursuivre. Cela émut beaucoup Minel qui en versa des larmes de joie.

Ensuite, la végétation devint bien plus foisonnante, l’herbe rase fit place à des sortes de bruyères, puis à de petits arbustes, des pins rabougris pliés sous le vent.

Amoni échangea sa place avec Minel, lui expliquant comment tenir la position du vaisseau et surveiller le cap. Elle fut comblée en sentant la direction virer avec aisance à chaque frôlement de ses mains.

Nous étions en haute altitude, et cela ne représentait pas de danger, car il n’y avait pas grand chose à faire. Malgré tout, elle rit de bonheur.

  • On dirait lui vivant ! assura Minel.
  • Mais il est vivant, répliqua Zilmis avec énergie. J’ai passé plusieurs heures à tester chaque commande de guidage avec le cristal qui maintient la collusion énergétique des réacteurs, lança-t-il en montrant le cristal qui luisait d’un éclat doré derrière nous. Un prêtre a d’ailleurs béni ce navire.

Enchâssé dans son vitrage protecteur, le cristal se mit à clignoter légèrement, et le tableau de bord du vaisseau brilla subitement. Puis, tout s’éteignit. Chacun de nous murmura une prière. Sur mon monde, la conscience des pierres était très respectée.

Une haute chaîne de montagne apparut devant nous. Alors, Zilmis reprit les commandes, je m’installais à la place du navigateur, consultant les instruments liés au mouvement des masses d’air.

J’indiquais à Zilmis les lacunes, les zones où le roc forme un abri face au vent, pour permettre au vaisseau de franchir plus facilement l’arête montagneuse.

  • Il faut que tu contournes cet épaulement, lui dis-je, ainsi, tu n’auras pas le vent de face. Il viendra de la droite et sera amoindri.

Zilmis compensa l’inclinaison du vaisseau et rectifia la poussée oblique. Il réduisit l’allure, et négocia aisément le virage. C’était un excellent pilote. Chacun de nous le félicita.

Notre petit vaisseau reprit de l’allure, descendant une superbe montagne toute blanche. Minel rit à perdre haleine, grisée par la vitesse. Nous allions arriver un peu en avance. Chacun de nous était ravi.

Les parents d’Amoni vivaient trois vallons plus loin en une très grande demeure comportant un grand parc et plusieurs maisons. Au départ, il s’agissait d’une terre inculte envahie de plantes rêches épineuses, mais les ancêtres d’Amoni l’avaient patiemment amendée.

Nous avons franchi une succession de cols enneigés, notre esquif secoué par des vents neigeux, puis, une zone montagneuse plus verte apparut.

Un vallon souriant avec des nombreuses fermes apparut. Des cultures épanouies luisaient de jaune, de rose pâle ou de vert printemps. Des troupeaux de lézards géants et de cervidés broutaient l’herbe. Ils étaient en semi liberté. Amoni nous désigna la propriété de ses parents. L’aire d’envol était bien disposée, non loin d’une fastueuse maison blanche avec deux tours et plusieurs bâtiments fort anciens.

Il faisait grand soleil, avec une lumière inhabituellement vive pour les nôtres.

Une vision surgit.

La demeure est en bois et peinte en blanc. Elle comporte des frises, de nombreux balcons, un étang et des hangars abritant des engins agricoles. Tout autour, apparaît une vieille tour de pierre arrondie, avec un très ancien édifice, de pierre également, dont la façade comporte comme des peintures de personnages souriants.

  • C’est un vieux temple, expliqua Amoni. Mes parents en prennent soin, les représentations sont celles des génies de montagnes et des vents. L’intérieur du temple sert maintenant à entreposer les récoltes. Mes grands-parents vivent à l’étage, dans les anciens lieux de séjour des prêtres. Ils aiment beaucoup cet endroit. Mes arrière-grands parents tiennent une ferme voisine, avec un troupeau de brontors (?).

Je souriais, les brontors étaient de très grands lézards paisibles. Ils étaient très serviables, et aidaient à porter des charges lourdes. Les plus petits faisaient 5 mètres de long, les plus grands 20. J’avais toujours admiré ces animaux d’une grande intelligence.

Zilmis posa le vaisseau de main de maître. Nous sommes descendus, un peu intimidés. J’avais pour habitude les fermes anciennes de notre province des marais, aux murs fissurés et aux chemins boueux, mais ici tout était presque neuf. Les bâtiments semblaient avoir été repeints la veille, les poutres brillaient et les pierres du vieux temple avaient été re cimentées de manière parfaite.

Une petite troupe d’échassiers occupait le centre de la cour, il s’agissait de variétés de hérons pourpres et blancs, assez craintive. Une fillette Kolal leur parla avec douceur pour les apaiser, elle se dirigea vers nous et Amoni l’embrassa.

  • Voici ma nièce, Asfonki, déclara-t-il.

Asfonki parut s’illuminer de joie, chacun de nous l’embrassa. Son visage s’éclaira et elle nous mena vers la demeure.

  • Vous êtes là plus tôt que prévu ! lança-t-elle. Tout le monde est encore au travail. Venez donc vous rafraîchir et vous installer.

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Texte partagé par les Les Nouvelles Chroniques d'Arcturius - Au service de la Nouvelle Terre