Les manuels d’histoire n’en font que peu de cas mais, à la fin du Moyen Âge, des bûchers sont dressés dans toute l’Europe chrétienne et consument des milliers de personnes, majoritairement des femmes.

Contrairement à des idées encore très répandues aujourd’hui, il ne s’agissait pas uniquement de gens de mauvaise vie ou de guérisseuses.

Voici un aperçu de la composition sociologique des victimes, par ordre d’importance numérique.

En tête de ce triste décompte, on trouve les travailleuses et travailleurs de la terre et les riches paysans et paysannes. La plupart étaient dénoncés pour sorcellerie par des villageois jaloux qui voulaient récupérer leur terre. Ce sont eux qui ont été brûlés en plus grand nombre.

Viennent ensuite les gardiennes et gardiens de troupeaux. Ils vivaient en dehors du village et on leur prêtait commerce….avec les loups……De plus, ils connaissaient l’usage des plantes et de certaines prières pour guérir leur brebis et cela était vu comme l’œuvre du Malin…

Arrivent ensuite les maires, les baillis, les prévôts et…leurs épouses. Ils participaient aux procès de sorcellerie et, par vengeance ou par pure méchanceté, étaient dénoncés par d’autres.

Les sages-femmes et les guérisseuses arrivent en quatrième position. Bien que leur nombre soit moindre par rapport aux trois premiers groupes, il faut mentionner que les sages-femmes ont connu un acharnement féroce, bien plus encore que les guérisseuses.

Leurs tortures étaient innommables. C’est sans conteste le groupe qui a le plus souffert de la barbarie des hommes….on leur brulait et on leur tenaillait notamment la poitrine au fer rouge avant de les mettre sur le bûcher.

Des rumeurs infâmes se racontaient à leur sujet, notamment qu’elle n’hésitait pas à demander l’aide du Diable pour tuer les nouveaux-nés afin d’approvisionner leurs complices de sabbat en ingrédients indispensables à la fabrication d’onguents.

Concernant les guérisseuses, elles ont modérément été épargnées au 16ème siècle car leur « magie » guérissante était bienfaisante et empreinte de religiosité. En effet, beaucoup guérissaient par des prières et de l’eau bénite.

À partir du premier quart du siècle suivant, ce groupe a bénéficié de moins de mansuétude et de plus en plus de guérisons furent finalement attribuées au diable. Ainsi, au plus fort de la grande chasse, nombre de guérisseuses n’osaient plus répondre aux sollicitations de leurs patients.

Les forgerons, les taverniers, les tavernières, les boulangers, les boulangères arrivent juste derrière. Leur proximité avec l’alcool ou le feu suffisait pour leur prêter commerce avec le diable…

On trouve enfin le groupe des « pariats » et des « mal-faits » qui regroupait les veuves, les étrangers, les vagabonds, les handicapés physiques et mentaux, les prostituées, les femmes non mariées, les femmes qui avaient des relations sexuelles libres, les personnes homosexuelles etc etc. Ces personnes n’avaient commis aucun délit, elles n’entraient juste pas dans le moule.

Comme nous venons de le voir, les bûchers étaient avant tout un système de régulation sociale érigé par le pouvoir en place.

Celles et ceux qui dérangeaient étaient brûlés. On leur prêtait commerce avec le diable ou les loups pour légitimer les crimes du pouvoir dominant, et l’affaire était bouclée.

Dans un contexte marqué par les guerres et les famines, les bûchers étaient également un moyen d’enrichissement puisque les terres et les effets personnels des victimes étaient ensuite spoliés.

À noter que bien qu’il y ait eu des hommes et des enfants qui ont subi ce terrible châtiment, c’est majoritairement un féminicide qui a eu lieu en Europe entre le 14ème siècle et le 18ème siècle avec, rappelons-le, 50000 victimes et tant d’orphelins condamnés à la mendicité ou à la prostitution après avoir perdu l’un des leurs dans les flammes…

En France, c’est en Alsace, en Lorraine et en Franche-Comté qu’on passait le plus sur le bûcher car, à l’époque, ces régions n’étaient pas françaises ou les lois y étaient plus dures.

C’est en Lorraine également que la proportion d’hommes condamnés au bûcher lors des procès de sorcellerie fut la plus élevée : ces derniers y représentaient environ 30 % des victimes.

En ce mois, ayons une pensée d’amour, ou même une prière, pour toutes ces âmes qui se sont envolées trop tôt.

Cela pourrait véritablement les aider car elles n’ont été que trop bafouées et oubliées.

Très bonne soirée,

Diana Becker

Source : Le formidable ouvrage «Procès de Sorcellerie au 16ème et 17ème siècle, de Jacques Roehrig
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Texte partagé par Les Chroniques d'Arcturius
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